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Portrait d'Arlène King

Portrait Arlène king

Arlène King, gestionnaire du site de mémoire de Beaumont-Hamel - Crédit photo : Mémorial Terre-Neuvien de Beaumont-Hamel

ARLÈNE KING, UNE TERRE-NEUVIENNE À LA TÊTE DU MÉMORIAL DE BEAUMONT-HAMEL

 
Depuis 2001, Arlène King dirige le Mémorial terre-neuvien à Beaumont-Hamel, qui rend hommage aux efforts et aux sacrifices des soldats du « Royal Newfoundland Regiment » (« Régiment royal de Terre-Neuve », l’île de Terre-Neuve étant jusque 1949 sous domination britannique), en particulier ceux tombés le 1er juillet 1916. Retour sur le parcours de cette passionnée d’histoire et son regard sur le tourisme de mémoire dans la Somme.
 
Quand êtes-vous arrivée en France ?  Comment êtes-vous devenue directrice du Mémorial terre-neuvien ?
 
Je suis arrivée en France en février 2001, je travaillais à l’époque pour Parcs Canada (ministère des parcs nationaux et des sites historiques nationaux du Canada).  En fait, le Ministère des Anciens Combattants cherchait des gens pour travailler sur le projet de centre d’accueil du Mémorial terre-neuvien à  Beaumont-Hamel. On a fait appel à moi parce que je suis terre-neuvienne et parce que j’avais de l’expérience dans l’interprétation de sites historiques. On m’a ensuite proposé de devenir directrice du mémorial.
 
Comment s’est passée votre arrivée à la tête du Mémorial terre-neuvien ?
 
En 2001, j’étais la première femme directrice d’un mémorial.  Cela a pu surprendre, car je n’étais ni historienne, ni militaire, ni épouse d’un directeur de mémorial !  Mais tout s’est très bien passé.  J’avais déjà des connaissances en protection et présentation de sites historiques au Canada, cela m’a aidée.  En réalité, le plus grand défi pour moi, c’est l’augmentation constante du nombre de visiteurs.   Nous accueillons plus de 150 000 personnes par an et cela ne cesse d’augmenter !  Cette forte fréquentation a un impact sur le site. Nous devons rester vigilants pour préserver les champs de bataille de Beaumont-Hamel.
 
Vous vous êtes bien adaptée à la vie samarienne ?
Oui, les gens ont été très accueillants.  J’avais parfois des difficultés à tout comprendre au début à cause de l’accent picard ! Mais j’adore la Somme, son rythme de vie paisible, les couleurs douces et subtiles de ses paysages…
 
D’où vous vient la passion de l’histoire ?
 
Au Canada je travaillais sur des sites historiques, comme la fortification française de Plaisance (province de Terre-Neuve) ou la Citadelle d’Halifax (province de Nouvelle–Écosse).  Je connais bien l’histoire militaire du Canada.  J’ai toujours aimé l’histoire et j’ai beaucoup lu sur la Première Guerre mondiale depuis mon arrivée en poste. Et puis les Terre-Neuviens en général connaissent bien leur histoire, notamment celle de Beaumont-Hamel.
 
Qu’est-ce qui vous a marquée en arrivant à la tête du Mémorial ?
 
C’est le développement du tourisme de mémoire. Je vois souvent des gens venir visiter le site pour des raisons liées à leur histoire personnelle, pour rendre hommage à un membre de leur famille, pour en savoir plus sur leur généalogie.  Et puis d’autres viennent car ils ont entendu parler du site dans un film ou une émission. La passion de la Grande Guerre est intacte dans la Somme, elle perdure. Les visiteurs sont très documentés.
 
Comment expliquez-vous cet intérêt prononcé pour la Grande Guerre ?
 
La Première Guerre mondiale est un conflit qui a beaucoup marqué l’imagination de plusieurs générations, car elle a changé la façon de combattre. C’était une guerre internationale, dont les nouvelles se répandaient très vite avec le développement des médias.  Ce fut un vrai choc, qui a construit une « conscience publique » pour les Alliés.  On s’en rend rapidement compte dans la Somme, avec tous les cimetières et les mémoriaux.
 

Quelle importance a pour vous le tourisme de mémoire ?
 
Le tourisme de mémoire est d’une importance primordiale.  Il s’agit d’expliquer l’histoire d’un site aux visiteurs, en même temps, de le doter des éléments touristiques nécessaires pour en faire un lieu accueillant et attractif.  Il n’y a pas d’incompatibilité entre développement touristique et préservation de mémoire.  Certes, un développement touristique incontrôlé peut parfois nuire à un site, mais ici dans la Somme ce n’est pas le cas.  Avec nos partenaires, nous sommes très attentifs à agir de façon professionnelle et respectueuse des sites de mémoire.
                                                                 
Quelles sont les particularités du Mémorial terre-neuvien à Beaumont-Hamel ?
 
C’est un site qui évoque, peut-être plus que d’autres, la réalité de ce que c’était la Grande Guerre, grâce aux champs de bataille préservés.  Du haut de la butte du caribou, on a une vision directe des tranchées. Les visiteurs comprennent ainsi le rôle et l’emplacement des tranchées alliées et allemandes. C’est un moment fort, pendant lequel chacun peut se rendre compte à quel point les lignes de front des deux camps étaient proches. Quand les visiteurs empruntent le chemin vers « l’arbre du danger », ils comprennent aussi concrètement les choix stratégiques des deux camps et notamment le bénéfice tiré de l’occupation du site par les Allemands.
 
Quel est le profil des visiteurs ?
 
Pour une grande part, il s’agit de Britanniques, d’écoliers principalement.  Les Français connaissent assez peu l’histoire de la Première Guerre dans le Nord, ils pensent parfois que la bataille de la Somme concerne uniquement les Anglais.  Mais cela est en train de changer, avec nos partenaires nous faisons des efforts pour faire connaître l’histoire militaire française.  Les Français sont de plus en plus nombreux à venir voir le site.  Et, depuis le 90ème anniversaire de la bataille de la Somme en 2006, de nombreux Canadiens viennent, notamment des étudiants.
 
Que retiennent les visiteurs de la bataille de la Somme ?
 
Ils retiennent surtout le 1er jour de la bataille et ses 58 000 victimes dont 19 000 morts. Mais nous essayons de montrer aussi les succès des Alliés.  Malgré les lourdes pertes, la bataille de la Somme représente en quelque sorte un tournant de la guerre, les troupes allemandes rencontrant des difficultés dans plusieurs secteurs.  Le 1er juillet 1916 n’est pas la fin de la bataille, mais au contraire, le commencement.
 
Comment comparez-vous les approches française et anglo-saxonne de la préservation de la mémoire ?
 
Les Français et les Britanniques sont très bien impliqués dans la préservation de la mémoire. S'il y a une différence entre les deux approches, c'est dans les détails des cérémonies, chaque pays ayant ses propres traditions.  Les Britanniques se sentent très liés à la Somme étant donné qu'un grand nombre de leurs soldats y sont enterrés.  Et ils sont très reconnaissants vis-à-vis des Français pour leur respect des lieux de mémoire et leur fidélité aux commémorations, même après tant d'années.
 
 
Quel est l’impact du centenaire sur le Mémorial ?
 
Cela accroît le nombre de visiteurs !  11 435 personnes sont venues en avril ! Le Centenaire intéresse les médias, beaucoup d’émissions y sont consacrées. On attend de nombreux Terre-Neuviens et Canadiens pour notre cérémonie de 2016.  Quant au Mémorial national du Canada à Vimy, le Ministère des finances canadien a récemment annoncé  le projet de construction d’un nouveau centre d’accueil et y a alloué 5 millions de dollars canadiens (soit environ 3,7 millions d’euros).

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