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La Presse de Janvier 1914

Presse de l'époque janvier 2014

Cent ans après, plongez au cœur de l’actualité du début de l’année 1914 avec deux articles de journaux d’époque figurant en une du quotidien Le Progrès de la Somme, daté du jeudi 29 janvier.
 
Suivant la ligne de pensée de la gauche radicale, Le Progrès de la Somme est l’un des ancêtres du Courrier Picard.
 
Le premier article, dans la rubrique Informations, s’intitule « La maison Krupp en Russie ». Relatant le contexte tendu de ce début d’année 1914 entre les États européens, l’article se fait l’écho d’une brève inquiétante si elle est justifiée. Parue à l’époque dans le journal « L’écho de Paris » : cet article prétendait que les Russes auraient pu vendre l’une des usines d’artillerie les plus importantes du pays au groupe allemand Krupp.
 
Cette interrogation, très grave, fait référence aux enjeux diplomatiques et aux alliances qu’ont conclu les différentes puissances européennes au XIXe siècle, pour se protéger d’éventuelles agressions des pays voisins. En 1879, l’empire allemand conclut une alliance avec l’empire austro-hongrois. En réaction, la France et la Russie s’allient à leur tour dans les années 1890, tant diplomatiquement que militairement, avec la condition de se porter secours et soutien en cas d’invasion par un autre État. Cette alliance implique un rapprochement technique, pour doter la Russie de meilleurs équipements militaires – un marché jusque là dominé par les grands groupes industriels allemands, dont Krupp, le plus important d’entre eux.
À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, des contrats sont notamment passés dans le domaine de l’armement entre les firmes Poutiloff pour la Russie et Schneider pour la France (Le Creusot, en Bourgogne). Cette dernière, spécialisée en sidérurgie et particulièrement dans le blindage, l’artillerie et les munitions, s’est rapidement imposée comme l’une des entreprises d’armement françaises de référence. Le contexte politique et le rapprochement franco-russe pousse les industriels des deux pays à se rapprocher dans un but patriotique et économique. Cela permet ensuite à la France d’exporter une partie de son savoir-faire en matière de défense et d’artillerie, les arsenaux nationaux russes étant parfois désuets et ne pouvant répondre à la demande exigée par la politique de réarmement. En échange, la firme française bénéficie d’intérêts économiques et commerciaux, pour être notamment prioritaire sur les marchés extérieurs russes.
Cette emprise industrielle française est décisive et marque un changement : le marché de l’artillerie russe est désormais confié à un groupe d’un pays allié et non plus aux Allemands. La menace d’un revirement apparaît peu crédible à cause du contexte politique européen tendu et du fait, pour la Russie, de confier à l’ennemi potentiel qu’est l’Allemagne, la réalisation de ses propres armes, élaborées par l’allié français, également ennemi de l’Allemagne. Cette situation impliquerait une trahison incompréhensible des Russes vis-à-vis des Français et une démarche particulièrement auto-destructrice. Cet article souligne l’évidence, pour ses auteurs, de l’alliance franco-russe et l’impossible trahison russe.
 
Le deuxième article intitulé « Enfant mort de la rage » rappelle la lutte médicale de premier ordre au tournant des XIXe-XXe siècle contre cette maladie mortelle et particulièrement violente. En 1914, cela fait un peu moins de trente ans que le vaccin contre la rage a été testé pour la première fois sur un humain. En 1914, la rage existe toujours et représente un vrai danger pour les populations : extrêmement contagieuse, virale, transmissible des animaux aux hommes, elle s’attaque au système nerveux dès qu’elle se déclare et elle peut être à l’origine de troubles du comportement, d’agressivité, de confusions, de délires et devient systématiquement mortelle.
L’invention du vaccin contre la rage attribuée à Louis Pasteur a permis de circonscrire cette maladie mais les traitements, lourds, sont encore en phase d’expérimentation et nécessitent de nombreux rappels ne réussissant pas toujours à guérir les victimes. L’enfant mentionné dans l’article, Edouard Boîte, en est un exemple : à cinq ans, il décède de la rage malgré le vaccin, victime de troubles du comportement. La France des années 1910, particulièrement le nord-est, connaît encore de nombreux cas de rage (humains et animaliers). Sa violence et sa rapidité font de cette maladie une vraie préoccupation publique, régulièrement évoquée dans les journaux.

 

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