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Unes d'époque : novembre et décembre 1915

mémorial amiens
Partez à la découverte de deux articles de presse de l’automne 1915 parus dans le Mémorial d’Amiens et du département de la Somme. Ce quotidien créé en 1857 s’adressait à un public local.
 

Journal du vendredi 19 novembre 1915 : La question des loyers

 
La menace d’une guerre s’intensifiant à la fin juillet 1914, l’État français décide de la mobilisation générale. L’éloignement des combattants bouleverse l’organisation sociale et économique du pays : les revenus familiaux reposaient tout ou partie sur les hommes. Désormais, les familles doivent s’organiser sans cette force vive. Il est alors difficile pour elles de réussir à estimer leurs revenus à court et long terme. Le risque de crise économique des loyers est réel, tant la situation est instable pour les propriétaires comme pour les locataires.
 
Dans ce contexte, la Chambre adopte le moratoire sur le paiement des loyers dès le 5 août 1914 : les paiements sont momentanément suspendus. Cette mesure, en garantissant un toit aux familles des combattants mobilisés, est censée permettre à l’État de contrôler les loyers et de lutter contre la crise du logement. Cette situation, ponctuelle à l’origine, se pérennise. Le moratoire étant reconduit tous les trois mois entraîne les critiques d’une partie de la population et notamment des propriétaires, comme le souligne l’article. La prolongation du moratoire y est considéré comme un danger économique, social et moral.
 
En 1919, le blocage des loyers est maintenu, les arriérés effacés. Les propriétaires sont indemnisés à hauteur de 50%, tandis que les baux sont prolongés à la convenance du locataire avec des loyers figés. Les conséquences sont une pénurie de logements, une faible construction de logements neufs en France et un vieillissement du bâti qui perdure jusque 1948.
 

Journal du jeudi 2 décembre 1915 : À la chambre - L’appel de la classe 1917

 
Malgré le conflit qui fait rage et l’occupation du nord-est du pays par les troupes germaniques, la France continue d’avoir une vie parlementaire très active. Ce fait rare à l’époque pour un pays en guerre témoigne de la force de la démocratie de la République française.
 
En décembre 1915, les débats s’ouvrent à la Chambre des députés au sujet de l’appel sous les drapeaux de la classe 1917, c’est-à-dire les hommes nés en 1897. Il fait suite à la loi Dalbiez votée en août 1915, qui vise la juste répartition et la meilleure utilisation des hommes mobilisés et mobilisables. L’application de cette loi soulève des critiques dans l’article qui nous intéresse.
 
L’appel de la classe 1917 dès janvier 1916, donc anticipé de plus d’une année, soulève les oppositions de la gauche. Deux députés portent des motions contre l’enrôlement de la classe 1917 : Louis Turmel, radical-socialiste breton et Vincent Auriol, socialiste et président de la IVe République (1947-1954) – toutes deux refusées.
 
Les débats de la Chambre des députés montrent la difficulté de gérer un pays enlisé dans la guerre. À la nécessité d’envoyer régulièrement au front les nouvelles classes qui doivent être rapidement opérationnelles, s’ajoute l’obligation de laisser à l’arrière-front des forces vives pour la bonne marche administrative et économique du pays.
 
À la fin de l’année 1915, le conflit ne peut être résolu rapidement. L’État-major estime que seule une offensive décisive permettrait de mettre fin à la guerre de position et au conflit. Il lui faut donc le plus de troupes possibles. L’appel de la classe 1917 dès janvier 1916 consiste à mobiliser une main d’œuvre nécessaire alors que les hommes âgés de 20 à 45 ans sont déjà au front. Au niveau économique, cela conduit à affaiblir davantage les ressources humaines, en milieu rural notamment. Certains députés ont ainsi le sentiment que certaines classes sociales sont davantage mobilisées que d’autres.
 
Plus globalement, l’appel à la classe 1917 est critiqué au regard de la présence d’hommes valides qui restent à l’arrière et qui sont considérés comme des « planqués », des « embusqués », qui ne payent pas à la nation le tribu que représente l’engagement militaire. C’est l’un des éléments contre lesquels a été pensée la loi Dalbiez, incitant au replacement d’hommes valides pour une égalité de sacrifice.
 
Le besoin militaire étant prioritaire, l’appel de la classe 1917 est voté par la majorité des députés présents.
 

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